14 mai 08 par Thierry Herman
Temporalité et causalité sont proches voisins. L’effet de quelque chose ne peut avoir d’existence qu’après une cause. Mais le langage est trompeur. Lorsque l’on dit: “le directeur a démissionné à la suite de cette affaire”, personne ne va imaginer que la relation entre l’affaire et la démission est purement temporelle. L’affaire est donc la cause de la démission, même si formellement le langage ne présente qu’une succession d’événements. Quantité d’expressions temporelles peuvent ainsi être considérées comme des vecteurs de causalité. “Le cataclysme est survenu après le passage de la comète de Halley” ne signifie pas une simple relation descriptive et temporelle, même si le locuteur peut toujours se dédouaner de toute intention causale. Ce rapprochement entre temporalité et causalité est source d’erreurs de raisonnement d’autant plus possibles qu’elles sont naturelles. Mais si B suit A, B n’est pas forcément la conséquence de A. On appelle ce raisonnement trop rapide du joli nom latin “post hoc ergo propter hoc” - “après cela donc à cause de cela”. Exemple: Continuer à lire »
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30 avril 08 par Thierry Herman
De manière générale, il est rassurant d’avoir des frontières claires et nettes entre le blanc et le noir, le bon et le mauvais, l’utile et le nuisible. Le manichéisme est moins affaire de jugement d’ailleurs que de classement. Un jugement nécessite des attendus, des arguments, des justifications. Un classement pas forcément. Même s’il repose intrinsèquement sur une argumentation supposée. Il est ainsi plus facile de dire d’un film qu’il est génial que d’en démontrer son supposé génie. L’avantage du classement, en outre, est de donner une position sociale, dire qui on est pour l’autre et éventuellement, partager les mêmes avis, sans pour autant avoir besoin de laborieuses justifications.
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19 avril 08 par Thierry Herman
Extrait du Temps du 24 octobre 2005 :
On peut certes reprocher à Patty Schnyder une certaine maladresse dans ses déclarations, son caractère parfois lymphatique sur le court ou le manque d’encadrement véritablement professionnel - elle est coachée par son mari Rainer Hofmann qui n’est pas un spécialiste de tennis - mais force est de reconnaître qu’elle obtient malgré tout des résultats remarquables.
Les linguistes ont depuis longemps montré qu’il existe deux MAIS en français. Le premier est concessif : ce qui suit le mais est l’opposé de la conséquence atendue par ce qui précède le mais. Ici, on peut prendre “son caractère lympahtique sur le court” comme argument en faveur d’une conclusion qui peut être l’inverse de ce qui suit le MAIS, c’est-à-dire “elle n’obtient pas de résultats remarquables”. Si on prend “le manque d’encadrement véritablement professionnel”, cela colle aussi parfaitement bien.
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14 avril 08 par Thierry Herman
La compassion est sans aucun doute un beau, un noble sentiment. Elle a une pureté inhérente qui lui donne un voile d’innocence propre à mener quiconque au paradis sans passer par la case confession. Les hommes et les femmes politiques l’ont compris. Deux ouvrages que la revue Sciences humaines a recensés mettent en exergue la démocratie compassionnelle à laquelle on a pu assister lors de la présidentielle française de 2007: “La France morcelée” de Jean-Pierre Le Goff et “L’homme compassionnel” de Myriam Recault d’Allonnes. A en juger par les compte rendus, ces deux livres mettent le doigt sur “le pathos sentimental et victimaire” qui a caractérisé les campagnes électorales. L’aptitude à compatir est mise en évidence, non sans dangers que fait remarquer Hélïse Lhérété dans la revue:
Ce discours conduit à une confusion généralisée entre l’émotion et l’analyse, le temps médiatique et le temps de la compréhension, la morale et la politique.
Sans vouloir comparer l’incomparable, j’y vois un écho dans mes analyses avec le discours très victimaire du Maréchal Pétain:
En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui, dans un dénuement extrême, sillonnent nos routes. Je leur exprime ma compassion et ma sollicitude. C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat (17 juin 1940)
De Gaulle, de par sa nature, mais sans doute aussi par son sens de l’histoire s’est tenu à l’opposé du spectre de la compassion et du partage des sentiments. Dur, froid selon certains, il n’est pas l’homme des effusions. Ce qui ne signifie pas qu’il est un homme sans émotions. Sa compassion ne déborde pas hors des limites que lui impose “sa juste place” (Revault d’Allones). La compassion contemporaine, elle, est un jouet communicationnel dangereux. la démocratie peut-elle être émotionnelle ?
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8 avril 08 par Thierry Herman
Analyse d’un article “consommation” d’un journal gratuit à paraître dans Thierry Herman, “L’analyse rhétorique des discours”
L’INCONTOURNABLE
Tu les as vues, mes chaussures?
Un matin. Déjà en retard pour aller au bureau comme d’habitude. Devant soi, la pile de boîtes de chaussures et impossible de se souvenir dans laquelle on a bien pu ranger ces maudits escarpins qu’on veut absolument porter aujourd’hui. Le temps passe, les couvercles des boîtes volent à travers la pièce.
Trouver sa paire de chaussures rapidement et efficacement, voilà le défi relevé par une Anglaise passionnée de chaussures, qui, en 2001, crée la ClearBox, une série de boîtes transparentes et colorées. Souvent imitée, jamais égalée, la ClearBox est désormais accessible à toute Romande adepte de la chaussure-mania. Et comme une bonne chose n’arrive jamais seule, la société, qui distribue uniquement par Internet, a également prévu des boîtes de rangement translucides pour des vêtements, des jouets, des sacs, ou tout ce qu’il faut trouver sans perdre la tête.
Signature de l’auteur
ClearBox, 8 modèles,Prix: de 6 fr. 90 (support à bottes) à 79 fr. 90 (paquet de 10 boîtes). Sur www.theclearbox.ch
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8 avril 08 par Thierry Herman
Ce texte a été publié dans le journal suisse Le Temps, le 12 novembre 2007 :
Thierry Herman, maître-assistant en sciences de l’information et de la communication de l’Université de Neuchâtel, estime que le rôle de l’éducation est crucial face au marketing politique.
Plaidoyer pour la pensée critique, supplique pour la rhétorique
Ce n’est guère une surprise au lendemain du 21 octobre, sondages et journalistes en étaient d’ailleurs convaincus avant même la confirmation par les urnes, l’UDC n’a pas cédé un pouce de terrain dans le combat territorial que le parti inflige à ses adversaires. L’Union démocratique dite du centre, montée sur des ressorts populistes qui ne sont plus à prouver, a triomphé malgré les vitupérations des uns et les vociférations des autres.
On peut évidemment se lamenter; on peut encore pester contre la victoire de la provocation. Mais à quoi bon? Ueli Maurer, en disant que l’UDC a un programme alors que les autres partis sont anti-UDC, savait parfaitement ce que les autres partis gouvernementaux n’ont pas voulu voir: parler ou agir contre l’UDC, c’est toujours parler d’elle. Et tout publicitaire un peu futé sait que cela est bon pour les affaires.
On peut aussi interroger la responsabilité des médias. Leur rôle moteur dans la diffusion des idées populistes n’est sans doute pas à négliger, mais faire des médias la seule victime sacrificielle, c’est occulter le fait que le problème est bien plus profond.
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