L’aéroport de Gatwick est laid comme un aéroport, mais décoré de multiples publicités HSBC qui sont de vraies réussites sur le plan de la composition. Une oeuvre de Marcel Duchamp est barré d’un “rubbish” tandis qu’un graffiti est barré du mot art. Puis l’inverse. Cette publicité en forme de chiasme déclinée dans le monde et dans la plupart des aéroports est une des illustrations de la campagne “point of view” de la banque. Mettant en scène la diversité des goûts et des couleurs, la banque propose au fond une image assez relativiste du monde qui met en exergue d’une part la tendance à la classification évaluative entre un pôle haut (art) et un pôle bas (déchet) et d’autre part l’absence de vérité de ce système classificatoire lequel dépend essentiellement d’un point de vue. On pourrait interroger ici l’absence de l’argument justifiant telle ou telle opinion. Dire c’est de l’art ou de la merde repose en effet sur effet d’évidence sans autre forme de justification…
De manière amusante, j’ai visualisé cette publicité dans une file pour entrer dans un avion lorsque j’ai entendu derrière moi une personne la commentant à une autre : “T’as vu ces pubs HSBC ? Je les trouve mortelles !”. Aucune autre justification ne fut donnée et je ne sais même pas si cette personne voulait dire par là que c’était “trop bien” ou “ennuyeux à mourir”. N’y a-t-il que des points de vue et plus d’arguments ?

Aristote (commencer mon billet comme cela devrait faire fuir tous ceux qui espéraient voir autre chose – du cul pour le dire clairement), Aristote donc rejetait, comme le signale à plusieurs reprises 
De manière générale, il est rassurant d’avoir des frontières claires et nettes entre le blanc et le noir, le bon et le mauvais, l’utile et le nuisible. Le manichéisme est moins affaire de jugement d’ailleurs que de classement. Un jugement nécessite des attendus, des arguments, des justifications. Un classement pas forcément. Même s’il repose intrinsèquement sur une argumentation supposée. Il est ainsi plus facile de dire d’un film qu’il est génial que d’en démontrer son supposé génie. L’avantage du classement, en outre, est de donner une position sociale, dire qui on est pour l’autre et éventuellement, partager les mêmes avis, sans pour autant avoir besoin de laborieuses justifications.
Extrait du Temps du 24 octobre 2005 :
La compassion est sans aucun doute un beau, un noble sentiment. Elle a une pureté inhérente qui lui donne un voile d’innocence propre à mener quiconque au paradis sans passer par la case confession. Les hommes et les femmes politiques l’ont compris. Deux ouvrages que la revue Sciences humaines a recensés mettent en exergue la démocratie compassionnelle à laquelle on a pu assister lors de la présidentielle française de 2007: “La France morcelée” de Jean-Pierre Le Goff et “L’homme compassionnel” de Myriam Recault d’Allonnes. A en juger par les compte rendus, ces deux livres mettent le doigt sur “le pathos sentimental et victimaire” qui a caractérisé les campagnes électorales. L’aptitude à compatir est mise en évidence, non sans dangers que fait remarquer Hélïse Lhérété dans la revue: